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Roland Christmann, l'homme qui façonne nos derniers remparts

14 octobre 2020 - 10:19

Au club depuis juin 2012, Roland Christmann, l'homme qui façonne nos gardiens de but, est une personne aussi déroutante qu'attachante.

"Quand un de nos gardiens prend un but, je le prends aussi. Parce que les gardiens sont un peu mes enfants, les garçons que je n’ai pas", dit-il se rattrapant tout sourire. Cette seule anecdote résume Roland Christmann, un dur au mal, qui se prend « pour un joueur » quand il chambre le banc adverse ou quand son équipe est dans un jour sans, il fulmine comme les joueurs savent si bien le faire.   Alors, parfois, il donne l’impression d’être exalté, de ne pas avoir les bonnes manières.

Mais il n’a jamais appris à servir le thé à de vieilles anglaises, comme à user son dos à la gestuelle des courbettes.

Lui fait dans l’humain, au ballon comme au boulot. Sans gants pour une fois, mais avec son cœur. Ses "enfants" qu'il bichonne en sont les meilleurs témoins, il est constamment à l'écoute et à toujours l'oreille attentive. Quant au travail, l’ancien cariste, champion de France 2003 de la spécialité « en rapidité et en précision » pour tenir sa promesse à Charles, son frère adoré et alors mourant, se bat pour ses chauffeurs.

« J’ai cinquante personnes sous ma responsabilité. Alors, je fais le maximum pour leur trouver un chargement malgré la concurrence étrangère. Je souffrirais de ne pas leur donner de boulot », dit ce responsable chez Altrans à Hambach.

L'ancien joueur de Merlebach et Spicheren, avant d’être longuement celui de Montbronn, avait fait un détour par le FC Metz. Pas conservé. « Je préférais courir après les filles que rattraper les ballons. Et puis, j’ai privilégié les copains aux primes de match. »

C'est Laurent Weinstein qui le fera s’asseoir sur le banc de l’USSU, un peu guidé par les recommandations de Daniel Dutt, un de ses collègues de travail et dirigeant à l’USSU.

Et il aime ça, celui qui préfère les bourrades aux tirades. « Je suis heureux avec mes gardiens, Johan, Jonathan, Maurice et Melih. Mon plaisir, c’est de les voir progresser et qu'il y ai une saine concurrence entre tous, qu'ils soient complices tout en restant concurrents. »

Précédemment, il avait pris sous son aile Yoann Collas, Gilles Meyer, sans oublier François Isel, Jeff Mathid, Koray Ozcan ou encore Louis Deschateaux. Ce dernier, ancien pensionnaire du stade Malherbe de Caen, nous avait confié avant son départ qu'avec Roland il a côtoyé "le meilleur entraîneur des gardiens" de sa jeune carrière. 

Et sa compétence fait du bruit, puisque c’est avec lui que le gardien titulaire de la sélection du Gabon, Anthony M'Fa, était venu reprendre le rythme de la compétition du côté du stade Omnisports.

« Je parle beaucoup avec mes gardiens. Ils ont un poste difficile, ne peuvent pas changer de poste, eux. Ce qu’ils vivent, je l’ai vécu et ressenti. Il n’y a pas de copain pour rattraper tes erreurs, juste les filets de ton but. »

Alors, tout doucement, il reparle de son frère Charles, son aîné de six ans, sans lequel il doit continuer à vivre.

« Avant de décéder, il avait eu le temps de m’indiquer tous les chemins à prendre dans le foot, comme ailleurs. Je le suivais partout, je l’écoutais toujours. C’était mon exemple. Je voulais qu’il soit fier de moi comme j’étais fier de lui. »

Alors, il a retrouvé le sourire, grâce à sa femme bien sûr, grâce à sa fille bien sûr, grâce un peu à ce ballon qui vous rend parfois fou à cause de ses faux rebonds. « Je déteste la défaite, j’en ai même horreur. Mais j’ai appris à relativiser les choses après la mort de mon frère », reprend Roland.

« Quand j’ai été champion de France, certaines sociétés m’avaient proposé des contrats plus juteux. Je suis resté là où on m’avait donné ma chance. Je suis resté fidèle. »

Roland est une personne qui fonctionne à l'affectif, grâce et avec les émotions que la vie et le football peuvent procurer. « Lors de notre épopée en coupe de France, quand j’ai vu le bonheur que nous avions donné aux gens après la qualification contre Niort, je me suis dit que nous ne perdions pas notre temps. »

Alors, même s’il lui arrive encore de ne pas prendre de gants pour dire les choses, "l’homme de mains" est d’abord un homme de cœur.

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